Les Joyce

 

Non, ici il ne sera pas question de James Joyce mais des Joyce féminines de la littérature états-unienne actuelle à savoir Joyce Carol Oates et Joyce Maynard, deux plumes puissantes de mon panthéon féminin (qui comporte également Toni Morrison et Laura Kasischke entre autres).

 

Les deux Joyce ont un point commun avec James en quelque sorte : James Joyce parvenait à faire entrer le lecteur DANS la tête de ses personnages avec ce flux de conscience (cher à Virgina Woolf également) qui ne nous épargne rien des pensées, ruminations, hésitations, mochetés d'un cerveau humain et Joyce Carol Oates y parvient à merveille elle aussi dans son style très très particulier heurté plein de parenthèses, de tirets quadratins, d'italiques, de répétitions. A tel point que c'est fascinant.

 

Lire un roman de Oates c'est une opération exigeante, un marathon qui vous essouffle : elle court devant et vous tire par les cheveux, elle vous secoue et vous crie dans les oreilles et, pour finir, elle vous laisse sur les rotules. Oates publie des pavés plus ou moins épais plusieurs fois l'an, des nouvelles, des recueils d'articles, des essais, des poèmes, autant d'histoires de familles compliquées, de tableaux de l'Amérique des coulisses, de couples qui ne vont pas fort, de sentiments tordus. Plus le temps passe et plus elle est forte, habile, maligne, en pleine possession de ses moyens, comme le montrent deux monuments récents Mudwoman et Carthage.

 

Lire l'autre Joyce, c'est moins sportif tout de même ! Maynard vous secouera moins dans tous les sens et puis elle écrit des livres moins gros et puis elle écrit moins tout court et publie moins donc on a moins de risque de se prendre des claques. Mais se méfier de la plus sage Joyce Maynard ! L'éditeur Philippe Rey a l'heureuse idée depuis quelques années de nous faire découvrir l'œuvre de cette auteur américaine en publiant ses romans récents (L'Homme de la montagne, Long week-end) mais aussi en re-publiant des vieux machins comme le superbe Baby Love (1981) ou encore Prête à tout (1992). Tiens, coïncidence, Philippe Rey édite également Joyce Carol Oates (pas tous ses livres, un seul éditeur n'arriverait pas à la suivre !) mais les deux derniers romans importants de Oates Mudwoman et Carthage sont chez Philippe Rey. Je ne dois donc pas être totalement à côté de la plaque en rapprochant les deux Joyce...

 

Si le style des Joyce n'est pas vraiment comparable, elles ont en commun l'exploration des noirceurs de la psyché humaine, l'utilisation des ficelles du roman de genre sans vraiment écrire des romans de genre, un savoir-faire certain dans la construction d'un « page turner ». Il n'y a pas vraiment d'équivalent en français pour ce terme de "page turner" : un livre tellement prenant qu'on ne peut pas le poser et on tourne les pages, on tourne les pages. Le blog http://panoramas.over-blog.fr/article-un-page-turner-en-fran-ais-67173999.html propose quelques termes de substitution dont le "tunirapacoucher" qui a mes faveurs. 

 

On peut donc dire que les Joyce écrivent toutes deux des "tunirapacoucher" puissants.

 

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