Les personnages de Jim Harrison

ill. Ryan McGuire - Gratisography
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A moins qu'un inédit traîne dans les tiroirs de sa veuve, nous n'aurons plus le plaisir de lire un nouveau roman ou recueil de Jim Harrison. Ses héros Chien Brun et Sunderson ne reviendront pas dans de nouvelles aventures. Personnellement j'aurais aimé savoir si Sunderson va faire quelque chose des réflexions qu'il écrit sur les sept péchés capitaux dans le roman paru en 2015. Dans un nouveau tome de sa vie, peut-être Sunderson serait-il devenu un écrivain...

 

Heureusement, on peut relire les vieux bouquins de « Big Jim » : Nord-Michigan, Dalva, Légende d'automne, Wolf, La Route du retour, De Marquette à Veracruz , Grand maître, Péchés capitaux, et j'en passe. Tous ces merveilleux romans mettant en scène des personnages ivres de poésie, de pêche dans les rivières, d'amour, de réflexion existentielle et de diverses boissons alcoolisées.

 

C'est dans L'été où il faillit mourir que j'ai fait connaissance avec Chien Brun, le métis indien de la Péninsule Nord du Michigan chère à Jim Harrison et devenue chère à ses lecteurs (je connais l'un d'entre eux qui est allé dans le Nord-Michigan juste pour voir le paysage harrisonien de ses propres yeux). Comme tous les personnages de Harrison, Chien Brun a la particularité de mener sa route à sa façon. Bien sûr il se débat dans un gros merdier – comme tout le monde – mais il fait ce qui doit être fait. Sous des apparences de marginal loufoque et impertinent, Chien Brun agit selon ses propres principes et ces principes sont assez souvent les meilleurs et les plus sages même si l'indien est une vraie tête à claques insupportable. Et quand il s'agit de traverser plusieurs états pour simplement retrouver une peau d'ours (En route vers l'ouest), il le fait. C'est la même force intérieure qui pousse Donald à écrire l'histoire de sa famille à l'adresse de ses enfants. Donald a 45 ans mais il meurt et il fait ce qu'il considère devoir être fait avant de disparaître (Retour en terre). Et Harrison écrit la vie entière d'un homme vue à travers son propre regard et celui de ses proches. Prendre la route, entre un joint, une cuite et une partie de jambes en l'air pour s'en aller faire sauter un barrage du côté du Grand Canyon, c'est ce que le trio de Un bon jour pour mourir estime devoir faire. Parce que c'est le moment. Découvrir que sa femme le trompe, qu'elle veut vendre la ferme et que le chien a clamsé dans un coin, ça aussi ça peut vous pousser sur la route et vous réapprendre la liberté (Une odyssée américaine) même si vous êtes un vieux schnock dans la soixantaine. Parce que c'est le moment.

 

Il me semble que les personnages de Jim Harrison ont tous en commun une chose essentielle : ils avancent. Ils avancent simplement, dans l'espace concret, sur la route et en même temps dans leur vie, avec un seul objectif en tête : remonter la pente, se retaper le moral autant que faire se peut. Et parfois cette avancée vers du meilleur ou, au moins, vers du moins pourri, se passe sans qu'il ne se passe rien sur le plan de l'intrigue. Dans Faux soleil, deux types se rencontrent, discutent et picolent. Sur le plan de l'action ? Rien. En revanche, il s'en passe des choses sur le plan des sentiments, de l’évolution psychologique des personnages. Chacun d'eux avance et grandit face à l'autre et le lecteur, assis à côté de ces deux hommes, un verre à la main, le regard dérivant sur le paysage du Nord-Michigan, avance et grandit lui aussi.

 

Il y a peu, une femme m'a dit qu'elle trouvait cette littérature « un peu facile et pas très intéressante » en parlant des livres de Jim Harrison. Ha ha ha ! En voilà une bien bonne ! On n'a pas dû lire le même Jim Harrison...

 

Pour en savoir plus sur le héros récurrent Chien Brun

 

 

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