Le western

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Le Western, un genre littéraire encore d'actualité - ill. Chor Hung Tsang - Unsplash

Un genre désuet le western littéraire ? Mais non, pas du tout quelle idée !

 

Le western au cinéma a pour objet l'aventure incroyable qu'ont vécu les colons souvent d'origine européenne (Irlandais, Suédois, Allemands, etc.) partis s'installer dans l'ouest des États-Unis au XIXe siècle. Nombreux films furent réalisés à Hollywood, dans les années 1950-1960 surtout, autour de cette histoire de conquête des territoires de l'ouest de l'Amérique du nord qui fascine le monde entier y compris les États-uniens eux-même : les guerres contre les Indiens, l'installation des premiers bourgs puis villes, des fermes et ranches, la construction du chemin de fer (la série télé Hell on Wheels montre de manière efficace ce que fut ce truc délirant de construire une ligne de chemin de fer juste après la Guerre de Sécession avec des anciens esclaves et des contremaîtres sudistes embarqués dans le même projet !). Tout cela forme une véritable mythologie qui happe spectateurs et lecteurs : malgré les clichés et les poncifs du genre, rien à faire, on se laisse saisir par ces aventures. Moi en tout cas je marche à fond devant un film de Sergio Leone et à la lecture d'un bon western. Et des bons westerns en littérature il y en a eu quelques uns ces dernières décennies dont l'un est même français !

 

L'excellente maison d'édition Gallmeister dont la spécialité est le nature writing publie également du bon western. C'est elle qui publie en traduction française Larry McMurtry qui a décroché le Pulitzer en 1986 pour le génialissime Lonesome Dove (Gallmeister, 2011 en 2 volumes) et qui a publié récemment Le Saloon des derniers mots doux (paru en 2014 aux USA et en 2015 chez Gallmeister).

 

C'est encore Gallmeister qui a publié le fabuleux roman noir de Glendon Swarthout intitulé Le Tireur (paru aux USA en 1975 et en 2012 en France), histoire sombre d'une des dernières grandes gâchettes du Far-West, homme malade, en fin de parcours qui décide de se relever de son lit d'agonie pour une dernière action éclatante qui viendra clore sa légende.

 

Toujours Gallmeister qui publie les nouvelles de Dorothy M. Johnson : parues entre 1942 et 1985 aux USA, ces nouvelles ont été regroupées en 2015 sous le titre La Colline des potences.

 

Revenons un instant sur Lonesome Dove, roman qui met en scène deux vieux rangers à la retraite, Gus et Woodrow, potes de longue date malgré des caractères opposés, installés dans une petite bourgade sans intérêt baptisée Lonesome Dove, au sud du Texas tout près du Mexique, où ils exploitent chichement un petit élevage. Tout cela est bien monotone et quand un de leur ami débarque en leur faisant miroiter la vie magnifique que, soi-disant, on mène au Montana, Woodrow se prend à vouloir faire les cinq mille bornes qui séparent son Texas du Montana avec des vaches pour installer son ranch. Pas très chaud, Gus décide de suivre son presque frère. Bah ! De toute façon c'est un optimiste, il est bien partout et voit toujours le verre à moitié plein alors allons-y ! Ils réunissent une petite équipe de cow-boys et zou ! Ils ont soixante balais et décident d'aller voir si l'herbe est plus verte ailleurs, ce qui demande un sacré courage... Voilà résumée l'intrigue principale à laquelle se greffent des intrigues secondaires, des histoires d'amour, des questions de filiation, d'amitié, de loyauté. C'est cette amitié, ce sentiment puissant qui unit les hommes qui fait la force de ce livre émouvant. Une galerie de personnages secondaires intéressants entoure la paire Woodrow-Gus, deux vieux bonhommes revenus de tout mais pas encore blasés, deux fortes personnalités. Les descriptions des personnages, des paysages, des scènes sont fabuleuses, le livre (plus de 1000 pages en 2 tomes) se lit fluidement avec grand plaisir. Les dialogues, notamment grâce à Gus, bavard spirituel, d'une grande sagesse simple sous des airs loufoques, sont savoureux.

Gus McCrae aura éternellement les traits de Robert Duvall et Woodraw Call ceux de Tommy Lee Jones puisque le livre a été adapté en une mini-série télé tout aussi fantastique.

 

Mais d'autres éditeurs que Gallmeister publient heureusement du western :

 

Bourgois avec Zebulon de Rudolph Wurlitzer (2010) : étrange et surprenant roman, entre western et road movie, qui entraîne le lecteur à la suite d'un personnage picaresque.

 

Le Serpent à plumes avec True Grit de Charles Portis (2011) dans lequel la jeune Mattie Ross, 14 ans, cherchant à venger son père, engage un vieux shérif borgne et alcoolo pour une traque qui sera pour l'adolescente une initiation et pour le vieux débris un baroud d'honneur. Paru en 1968, le roman de Portis a connu un immédiat succès aux États-Unis, en France il aura fallu l'excellente adaptation ciné de Joel et Ethan Coen pour faire connaître ce superbe roman (ici n'est pas le lieu pour parler cinéma mais les frangins Coen tout de même quelle paire ! Regardez Fargo ! Leur True Grit c'est autre chose que 100 dollars pour un shérif  adapté du même roman avec John Wayne en 1969).

 

Le Cherche Midi avec Mille femmes blanches de Jim Fergus (2000), étonnante épopée de quelques dizaines de femmes promises à un chef cheyenne par le président Grant, recrutées dans des prisons et des asiles pour être expédiées dans l'ouest. A travers le journal intime de l'une d'entre elles, on découvre ce projet de mariages multiples pour favoriser l'acculturation des Indiens et on voit comment le gouvernement a massacré les Indiens et a parqué les survivants dans les réserves.

 

Et aussi Rivages avec LE western made in France de Céline Minard Faillir être flingué (2013), roman passionnant et palpitant qui met en scène divers personnages (Eau-qui-court-sur-la plaine, les frères Brad et Jeff, Gifford, Elie, Sally, Bird Boisverd, Arcadia, etc.) qui traversent l'ouest (pour des raisons différentes) et dont les parcours vont converger vers la même ville paumée. C. Minard utilise tous les clichés bien connus mais les tortille si bien qu'elle compose un roman loufoque, décalé, poétique, magnifique, épique, humoristique, dans lequel elle mélange les personnages, les pistes, les pièces du puzzle, les aventures, les vies, les peuples (des Chinois, des Indiens, des Blancs), le tout secoué au shaker pour donner un cocktail bluffant à l'image du titre avec ses deux infinitifs  "faillir être flingué".

 

A noter aussi la nouvelle d'Annie Proulx "Brokeback Mountain" dans un recueil appelé Les Pieds dans la boue (Payot, 2001, aux USA en 1997 dans The New Yorker) puis indépendamment chez Grasset en 2006. Cette belle histoire d'amour entre deux vachers a été adaptée au cinéma par Ang Lee sous le titre Le Secret de Brokebak Moutain. Devinez qui est le scénariste et producteur ? Larry McMurtry himself.

 

Enfin, on finira cette revue non exhaustive du western par le livre d'un autre immense romancier américain, Cormac McCarthy : Méridien de sang (paru aux USA en 1985 sous le titre Blood Meridian or the Evening Redness in the West, traduction chez Gallimard en 1988). Le roman s'inspire des tueries d'une bande de salopards ayant existé, menée par John Joel Glanton vers 1849-1850 dont la seule mission était : dézinguer le plus d'Indiens possibles pour le compte de l'armée US. Dans ce roman, tout le monde en prend pour son grade, il n'y a pas de gentils cow-boys, ni de gentils Indiens, il n'y a pas de méchants cow-boys, ni e méchants Indiens en général, il y a des pourris et des crevards dans un Sud desséché dépeint par l'écriture poétique de McCarthy. (Dans Lonesome Dove, Glanton ramène sa fraise à un moment donné, le Far-West n'est pas si grand que ça...)

 

Ouais, le western peut encore nous faire pleurer, nous prendre aux tripes, nous émerveiller...

 

 

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